Aux assises, le jeune papa toxico et son bébé aux quinze fractures…

Six affaires au rôle de la Cour d’assises de ce mois d’octobre en Maine-et-Loire. Six affaires, dont cinq viols, pour la plupart jugés à huis clos. Très exceptionnellement, cette histoire-là était ouverte à la presse, sans doute pour que j’en parle…

A l’époque, c’était un gosse. A peine 21 ans. Les cheveux courts et les joues creuses. Très pâle.

C’était en 2010. Trois ans plus tard, il comparait enfin devant la cour d’assises. Un peu plus épais. Mais toujours avec ce regard étrange, tantôt clair et tantôt nuageux.

A l’époque donc, il était le très jeune papa d’une petite fille de 5 mois. Le bébé était arrivé « par accident » et ni lui ni sa compagne n’étaient prêts à un pareil événement. Il fumait toujours beaucoup de cannabis. Jusqu’à quinze joints par jour, ce qui est énorme. Après une toxicomanie du même calibre, elle ne fumait plus depuis l’arrivée du bébé, dit-elle, mais ce n’est pas sûr.

La petite famille vivait très isolée dans un petit village de l’Anjou.

Plusieurs fois, le couple était allé aux urgences pédiatriques, pour des fractures des os, partout sur le corps du bébé. Il y avait tant de fractures et de stigmates -peut-être dix, peut-être quinze- que les médecins suspectaient une maladie des os de verre. Mais le jeune couple avait l’air tellement abattu et sincère que personne n’avait rien suspecté. Et puis un jour, ils étaient revenus pour autre chose. Il y avait du sang dans la couche du nourrisson. Les médecins avaient averti le procureur. Le jeune père avait été illico incarcéré et mis en examen, accusé de viol et de violences aggravées. Il n’est jamais sorti de prison depuis.

Trois ans plus tard, mais aussi après l’intervention de trois juges d’instruction et de trois avocats pour la défense, l’affaire était donc jugée cette semaine devant la cour d’assises, pendant deux jours brumeux qui n’ont pas permis de comprendre comment fonctionnait ce curieux couple. Elle a dit qu’elle n’avait jamais rien remarqué d’anormal. Il n’a reconnu que « des maladresses« . De toute évidence, il en savait l’un et l’autre bien plus qu’ils n’en ont révélé.

Comme a dit Me Patrick Descamps « On sait surtout qu’on ne sait rien ». Pendant deux jours, tout le monde s’est demandé pourquoi la maman n’avait jamais accusée de rien par le juge d’instruction. Peut-être pour qu’elle continue à s’occuper de son enfant. Sur ce point, la suite de l’histoire a donné raison au juge, puisque la fillette vit depuis avec sa maman et un nouveau « papa ». Elle va bien, n’a plus de fractures et montre aux assistantes sociales qui viennent la voir « ses robes de princesse et ses coloriages ».

La petite fille va bien et c’est l’essentiel. Mais ni la Justice ni la vérité n’y ont trouvé leur compte. Événement rare au moment du verdict, le président Roucou a même laissé échapper un curieux reproche à l’égard de l’accusation à l’instant où se discutaient les réparations demandées par la maman. « La cour et le jury n’ont pas compris pourquoi elle (la maman) ne se trouvait pas dans le box des accusés« .

Ce n’est pas sûr que le papa fasse appel. Il est à mi-peine et sortira très bientôt de prison. Et puis, il évite la condamnation pour viol, malgré les effrayantes photos médico-légales présentées à l’audience. Sur ce point, il faut saluer le jury qui, dans le doute, n’a pas condamné le jeune père pour viol.