Toute la fracture politique dans un incroyable attendu de jugement

Les attendus des jugements recèlent parfois d’incroyables fulgurances, qui sont comme une lumière crue, jetée sur une affirmation qui paraît contenir un «air du temps» d’une incroyable modernité.

C’est Pascale Robert Diard, la chroniqueuse judiciaire du Monde, qui révèle cette assertion surprenante dans son blog.

Ce 26 juin, le Tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains a condamné la SNCF, Réseau ferré de France (RFF) et un chauffeur de car, à l’issue du procès de la collision d’Allinges en Haute-Savoie.

Le 2 juin 2008, un car scolaire et un train régional s’étaient percutés sur un passage à niveau, provoquant la mort de 7 collégiens et blessant 25 autres.

Au total, les auteurs de l’accident sont condamnés à payer 5 millions d’euros aux parties civiles.

C’est justement dans l’énumération des préjudices subis par les victimes que se trouve cette phrase étonnante, lorsqu’il est question du temps de recueillement dans la chapelle ardente qui avait été dressée : «le temps d’isolement, de recueillement ou de partage familial dans cette intimité indicible, constate le juge, a été abrégé par des contingences administratives et de sécurité du président de la République» et «la cérémonie d’obsèques collectives écourtée pour des raisons de sécurité du premier ministre.»

Voilà donc la compassion politique rejetée au rang des préjudices, comme une calamité supplémentaire qui s’abat sur les familles accablés de malheurs et de deuil !

Je ne sais pas s’il est possible de mieux illustrer cette gigantesque fracture qui isole le monde politique ? De mieux dire que personne n’est dupe de ses larmes de théâtre ? Que le pays est plus subtil qu’il ne le pense et n’adhère que par défaut à cette comédie compassionnelle faite pour le 20 heures ? Qu’il aspire à tout autre chose ?

Un jour prochain, après une catastrophe du même genre, des victimes vont virer ces pantins dérisoires. C’est dans l’air aussi. Et virer aussi les caméras inutiles et ces médias en toc qui ne renvoient qu’un reflet creux.

Qu’attend-on de nos hommes politiques ? Du courage, des actes, de la sincérité, une vérité de cœur…, une écoute maganime du pays… Toutes choses qui n’apparaissent pas dans ces grand-messes officielles. Qu’attend-on des médias ? La même chose, curieusement…

Le monde change, et certains ne le voient pas.

La chronique de Pascale Robert Diard est ici…