Gilles Bourdouleix et le monde qui vient

Gilles Bourdouleix

Photo : archives Courrier de l’Ouest

Le thème du mensonge est à la une. Télérama y consacre son dossier cette semaine, et le site du magazine Marianne vient de publier un long billet sur ce qu’il appelle « L’extension du domaine du mensonge » Le billet est illustré, bien évidemment, par une photo de l’impassible Jérôme Cahuzac.

Si je partage l’effarement de Marianne quant à l’aplomb avec lequel certains élus mentent éhontément aux citoyens et même à la représentation nationale, je pense au contraire que l’époque permet de les démasquer plus facilement qu’autrefois.

J’ai plutôt le sentiment que les menteurs les plus culottés, les adeptes du « plus c’est gros plus ça passe » sont une espèce en voie de disparition.

Est-il encore possible, aujourd’hui, de mentir grossièrement, alors qu’internet offre une masse infinie de données et que chacun a la possibilité de vérifier, dans l’instant, la vérité de ce qui est dit ? Est-il encore possible de mentir, alors que les micros sont partout ? Est-il encore possible d’échapper à l’ouragan médiatique, alors qu’internet est partout ?

Ces petits appareils qui enregistrent tout…

Je suis frappé par l’irruption de la technologie dans la contradiction de la parole politique.

Les mêmes élus, qui se félicitent de la multiplication des caméras dans les lieux publics pour confondre les petits voyous, sont surpris qu’un petit smartphone de rien du tout ait pu les enregistrer. Je crois qu’ils ne comprennent rien du monde nouveau qui vient : rien de ce que la technologie apporte de changements en profondeur.

Jérôme Cahuzac a été confondu par un enregistrement sonore, dont il a longtemps contesté l’authenticité. Le maire de Cholet, Gilles Bourdouleix, conteste de la même façon l’enregistrement où on a pu l’entendre dire, à propos des gens du voyage : « Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tués assez ».

Aucun bidouillage…

Il y a des dizaines d’années que je connais Gilles Bourdouleix. Je le côtoyais déjà au moment de mes études de droit à la faculté d’Angers. Je l’ai retrouvé lorsque j’ai brièvement travaillé en 1998 à Cholet dont il était déjà maire.

J’atteste que cet enregistrement est authentique. Je connais suffisamment le collègue qui a pris ce son (et aussi les petits moyens techniques qui sont les nôtres au Courrier de l’Ouest…) pour rejeter toute idée de « bidouillage » comme nous en accuse, sans preuve, l’intéressé.

Gilles Bourdouleix a un moyen de défense aussi nul et sans issue que celui de Jérôme Cahuzac.

Un certain laisser-dire

J’atteste encore que Gilles Bourdouleix est coutumier de ce genre de dérapages. À vrai dire, on le sait tous. Tous ceux qui sont amenés à le croiser de temps en temps savent que l’actuel maire de Cholet, également député, est capable de dire les pires horreurs et qu’il parsème continuellement ses conversations de références à la Seconde guerre mondiale, à la Shoah ou aux camps soviétiques. Il le faisait quand il était étudiant en droit et il continue à le faire.

Gilles Bourdouleix, c’est le cousin lourdaud dont la famille redoute les mauvaises blagues lors des noces, quand tout le monde a un coup dans le nez. Plein de fois, les élus du coin (et certains journalistes…) ont fait ceux qui n’entendaient pas. Plein de fois ses adjoints ont fait ceux qui comprenaient mal. Plein de fois, des policiers lui ont ordonné de se taire car les propos tenus les mettaient en porte-à-faux. Plein de fois des plaintes n’ont pas abouti (notamment celles de la Ligue des droits de l’homme), comme l’a souligné le Courrier de l’Ouest. Parfois (mais pas toujours…), le député maire de Cholet bredouillait de vagues excuses et tout le monde étouffait l’affaire « par souci d’apaisement ».

Un torrent de haine qui est une honte

Des Choletais disent que Gilles Bourdouleix est un « bon maire », dans le sens où il s’occupe de sa commune : il est présent, il travaille et il est proche de ses administrés. On ne peut pas lui enlever ça. Mais c’est aussi un lourdaud, un relou comme disent les adolescents, qui n’a jamais eu l’élévation nécessaire pour comprendre ce que doit incarner un élu.

La différence, cette fois, c’est l’iPhone. Et c’est internet qui amplifie le battage jusqu’au tintamarre planétaire. L’erreur de Gilles Bourdouleix, c’est de s’être laissé surprendre par le monde technologique qui vient.

Mais sa double faute, profonde et indélébile, c’est d’avoir pensé qu’on pouvait durablement gouverner en jetant les gens les uns contre les autres. C’est surtout d’avoir libéré une parole maudite ; d’avoir légitimé, en tant qu’élu, ce qui ne doit pas se dire, ce qu’interdisent la fois la morale, la vérité, la justice et le droit.

Le torrent de haine qui s’est déversé via les réseaux sociaux, vomissant pêle-mêle les gens du voyage, l’institution judiciaire et le journal, est une honte dont il est et restera le premier responsable.

Le monde qui vient est bien trop subtil et policé pour Gilles Bourdouleix. Il n’y a plus de place pour les relous.