Et encore une histoire d’amour qui finit mal !

0e753ca5Pour parler franchement, j’aime bien les histoires d’amour qui finissent au tribunal correctionnel. Celles entre adultes consentants bien entendu. Car toujours, les tribulations fessières portent en germe une folie et une exubérance qui les mettent hors d’atteinte de toute rationalité. La numérisation du monde peut galoper tant qu’elle veut, la mise en algorithme de cette poésie jouissive et ravageuse est impossible.

C’était donc l’histoire d’une veuve, fort jolie femme et suffisamment comblée par son défunt mari pour vivre dans le luxe et l’oisiveté, dans sa propriété angevine, entre son magnifique jardin et la tendre affection de son caniche.

La dame s’était entichée d’un antiquaire d’Angers, homme à femmes qui promène ses écharpes en soie, ses gilets fleuris et sa charmante et souffreteuse désuétude sur les terrasses et dans les salons.

Entre les deux, la passion amoureuse fut torride pendant près de deux ans, jusqu’à ce que la dame lui signifie brusquement qu’il ne l’amusait plus, un triste jour de juillet 2011.

L’antiquailleur en fut fort affligé. Longtemps la nuit, il erra sous les volets de la belle, jetant des graviers ou klaxonnant son amour, jusqu’à ce que les gendarmes mettent un terme à ces vaines roucoulades en confisquant la télécommande du portail de la propriété que l’éconduit avait conservée.

Le lendemain, de jour, il revint au prétexte de récupérer des revues d’art qu’il lui avait prêtées, cette fois en compagnie d’une amie qui joua les émissaires, tandis qu’il restait dans la rue.

Le drame arriva lorsque cette dernière revint vers lui, les bras chargés de magazines. Le caniche, bien incapable de comprendre les humaines peines de cœur sauta dans les bras de celui dont il avait si longtemps partagé la maîtresse. « Une petite bête charmante » pleurait l’ami des bêtes et des dames devant le tribunal.

Le sang de la châtelaine ne fit qu’un tour. Aucun doute ! L’ancien amant tentait lâchement de lui enlever son caniche !

Elle cria au secours, à l’adresse de son jardinier, qui potageait dans les hortensias.

À partir de là, l’audience correctionnelle fut incompréhensible. Car ni la dame, ni le chéri déchu, ni le solide cultivateur, ni l’amie émissaire n’avait le même souvenir de l’empoignade.

Ce qui est certain, c’est que le rude jardinier mit tout le monde dehors et que le souffreteux brocanteur finit aux urgences, avec un bras cassé, une « fracture biseautée du cubitus », ce qui selon le médecin légiste était le signe incontestable d’une clé au bras.

À l’audience correctionnelle de mardi, l’ingrate maîtresse soutenait mordicus que son ex était assez tordu pour s’être cassé le bras tout seul, mais on la laissa dire.
– Je n’ai rien vu de la bagarre. J’étais au bord de l’évanouissement, a dit la dame,
– Je voulais juste calmer le jeu. Ça partait tellement en cacahuète, a expliqué le jardinier, tout en métaphores végétales,
– C’était volontaire ! a protesté le brocanteur en exhibant les radios de son bras. Il m’a dit : « Je n’ai jamais pu t’encaisser ! Je vais te finir ! ».
– L’amant éconduit, le jardinier qui récolte…, a sous-entendu le bâtonnier Patrick Descamps. Mais pourquoi aussi a-t-il voulu jouer au chevalier ? Si les histoires d’amour finissaient à chaque fois aussi mal, la France serait un véritable champ de bataille !
– C’était très violent, a affirmé le procureur. Tous les jours les policiers font des clés au bras de ceux qu’ils interpellent. Et jamais, ils ne cassent de cubitus !
– Comment ?, a rugi Me Pascal Rouiller. C’est lui, l’impudent, le harceleur, l’intrus ! Cette mascarade, c’est juste pour obtenir de l’argent !

Voilà… Mardi au tribunal, on y a passé deux heures, mais on s’est bien amusé, pour une fois…
Le jardinier a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour blessure volontaire.
Il paraît qu’il n’est pas content, ni surtout la châtelaine, et qu’il y aura appel.
Chic alors !