« Le journaliste et l’assassin » de Janet Malcolm

Couv. "Le journaliste et l'assassin"C’est le livre que je vais emmener en vacances. Avec quelques autres, bien sûr, mais celui-ci sera prioritairement dans mon sac, même si je l’ai déjà dévoré une première fois.

J’ai adoré « Le journaliste et l’assassin » de Janet Malcolm.

J’ai besoin de m’y replonger et c’est pour ça que je le reprends.

Rarement, je me suis pris une telle claque sur la pratique de mon métier.

Jamais, on ne m’avait mis sous les yeux l’imposture fondamentale qui le constitue.

J’ai pris la première phrase comme une baffe : « Le journaliste qui n’est ni trop bête ni trop imbu de lui-même pour regarder les choses en face le sait bien : ce qu’il fait est moralement indéfendable. Il est tel l’escroc qui se nourrit de la vanité des autres, de leur ignorance ou de leur solitude ; il gagne leur confiance et les trahit sans remords ».

Suis-je un traître ? Je ne l’ai jamais ressenti. Mais peut-être le suis-je, à l’insu de mon plein gré, comme tous mes confrères. C’est qu’il faut être aimable avec les gens qu’on interviewe. Les mettre en confiance. Sinon, ils se bloquent et il n’y a rien à en dire, sinon des banalités prudentes.

Un accoucheur ? Je l’ai senti bien des fois. Un traître ? Jamais… Promis…

Ce livre est une non-fiction. Donc, une histoire vraie. Un genre très à la mode aux États-Unis, construit avec exactitude et précision. Il est d’ailleurs la compilation de plusieurs articles de l’auteur, publiés à la fin des années 80.

L’histoire du livre, c’est celle d’un journaliste qui propose à un médecin accusé du meurtre de sa femme et de ses deux filles, de l’accompagner pendant son procès. L’accusé clame son innocence et pense que le livre l’aidera à prouver celle-ci. Une amitié très américaine se construit au fil des jours entre le médecin et le journaliste.

Au bout d’un long procès, l’homme est finalement condamné pour meurtre. Et le livre, qui est publié quelques mois plus tard, l’enfonce plus encore, en le présentant comme un assassin de la pire espèce. Le médecin osera engager une action en justice depuis sa prison et, de manière très surprenante, gagnera son procès contre le journaliste.

C’est une trahison, sans aucun doute. Sommes-nous pour autant tous des traîtres ? Même si l’immense Emmanuel Carrère (l’auteur de « L’Adversaire ») a écrit dans un article du Monde des Livres qu’il n’est pas d’accord, j’avoue que le doute est immiscé en moi qui pensais être bien honnête…

Janet Malcolm « Le Journaliste et l’assassin », François Bourin éditeur (20 €).

L’article d’Emmanuel Carrère