On va parler de Justice et de littérature policière

La piste du temps de Éric Halphen

La piste du temps de Éric Halphen

Le grand avantage de mon métier, ce sont les rencontres qu’il favorise. J’ai la chance d’animer très prochainement un débat sur le thème de « La place de la justice dans la littérature policière ». Cela me donnera le grand plaisir de dialoguer pendant une heure ou deux avec Michel Embareck et avec Éric Halphen.
J’ai gardé pour le premier le souvenir d’une vénération très ancienne qui date de mes lectures adolescentes du magazine musical Best. J’ai un souvenir précis de son style, de la musicalité très particulière de ses phrases qui « sonnaient punk » alors qu’il interviewait The Clash ou un Sting à la tignasse alors peroxydée. Michel Embareck a écrit de nombreux romans noirs et collabore aujourd’hui aux pages sportives de Libération. Je partage avec lui une très suspecte fascination pour l’imagination créative des escrocs, auxquels il a consacré un livre.
Il n’est sans doute pas nécessaire de présenter Éric Halphen tant son nom fut mêlé à l’Affaire « abracadabrantesque » des HLM de Paris au tournant des années 2000, alors qu’il était juge d’instruction au TGI de Créteil. Le magistrat est moins connu pour être l’auteur de plusieurs romans noirs ce qui est dommage, car ces livres sont de bonne facture.
C’est à ce titre que je l’interrogerai dans ce débat. À la demande de M. Halphen, j’ai promis aux organisateurs que les « affaires » qu’il a pu connaître ne seront pas abordées. En tant que maître des débats, je serai intraitable sur ce point. On a d’ailleurs plein de sujets bien plus intéressants et moins rebattus à évoquer, et notamment ces rapports étranges, faits de fascination et de dédain partagés, entre le monde de la Justice et celui de la littérature policière.
Il est certain que bien des affaires qu’on rencontre dans les palais de justice ont l’envergure de grands romans. Les personnages les plus « hénaurmes », les situations les plus ahurissantes, je les ai rencontrés « en vrai », dans les prétoires, bien plus que dans les livres. La réalité a beaucoup plus d’imagination que la verve du meilleur conteur.
En « off », bien des magistrats et des avocats m’ont un jour fait la confidence de garder la copie de certains dossiers, pour le cas où ils auraient un jour le temps de s’attabler et de romancer quelque chose. Mais tout n’est pas si simple : une bonne histoire ne fait pas nécessairement de la bonne littérature. Il faut encore ce talent de conteur qui fait frissonner le lecteur. En fait, tout n’est pas si bien partagé : il faut de tout pour faire un monde.

ImaJn’ère 2014, du vendredi 13 au dimanche 15 juin, aux Salons Curnonsky, place Maurice-Saillant à Angers. En principe, le débat sur « la place de la justice dans la littérature judicaire » aura lieu samedi 14 juin à 16 heures.
Le programme est par ici.