Toutes ces méchantes lettres qui me sont adressées

Les temps sont durs quand les gens sont méchants, et vice-versa…
Je reçois actuellement des messages comme je n’ai jamais reçus. Des trucs hargneux, que je ne sens dictés que par le souci de nuire, de faire mal.
Ils ont commencé cet été, avec l’affaire Bourdouleix, lorsque le maire de Cholet n’a pas su tenir sa langue face aux gens du voyage.
Pour avoir simplement pris la défense d’un collègue courageux, j’ai tout à coup reçu des bordées de messages pas sympas du tout. Sur le coup, je n’ai pas pris garde. ils m’ont même amusé. C’est assez drôle, ces enseignants qui causent comme des garagistes, comme pour faire peuple…

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Ne jamais dire « les gens »

Ça a recommencé lorsque je suis allé voir une mission évangéliste de gens du voyage, un dimanche de septembre. Depuis quelques jours, tous les fâcheux du coin s’étaient donnés rendez-vous dans les colonnes du journal pour vilipender ces gens qui se permettaient d’aller faire caca dans les bois d’une ancienne ministre de la République. Je suis allé sur les terrains occupés (sans d’ailleurs voir un seul étron, maintenant que j’y pense…). J’y suis allé avec l’idée qu’on ne peut jamais dire « les gens », qu’ils soient du voyage ou d’ici, ou de plus loin encore. Tout est tellement plus complexe.

Contenu glaçant…

Et je me suis encore fait incendier par internet : des mots méchants, sans sommation, juste pour avoir donné la parole à des gens du voyage dans le journal.
Ça a repris encore tout récemment. Un bref mail pour un petit article, d’ailleurs anodin, sur le verdict d’une cour d’assises des mineurs. Mais là, c’était différent car le ton du message était correct. En revanche, le contenu était glaçant. Clairement, mon interlocuteur me reprochait de ne pas avoir mentionné la nationalité des sept jeunes qui avaient été condamnés. Il me reprochait en outre d’avoir qualifié de « site d’extrême droite », un site identitaire, sans doute informé par une source policière, qui lui, avait publié la nationalité des jeunes au moment même de leur garde à vue.

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Une telle haine froide

J’avoue que ce message m’a déstabilisé. J’y ai répondu, d’une manière très neutre, pour expliquer que la loi m’interdit de mentionner le prénom de jeunes condamnés par une cour d’assises des mineurs et aussi pour dire que je ne savais pas qualifier autrement le site qui avait publié les nationalités des accusés.

Mais j’y ai répondu en sachant que je ne convaincrai jamais mon interlocuteur ; que sa raison resterait hors de ma portée ; que l’essentiel de son message était dans la haine absolue des étrangers que je lisais entre les lignes, et dans la détestation qu’il a de moi, accusé sans qu’il le dise de délivrer une information tronquée et trompeuse.
Bien sûr, j’ai parfois connu des lecteurs qui protestaient, qui râlaient, qui n’étaient pas contents de ce que j’écrivais, quelquefois avec raison d’ailleurs !
A vrai dire, j’ai toujours découvert avec étonnement tous ces sondages qui disent que les journalistes incarnent la profession la plus détestée des Français. Je n’ai jamais senti ça. Vraiment jamais. Au contraire dans les innombrables reportages que j’ai pu réaliser depuis 1981 (!), j’atteste que j’ai toujours été accueilli cordialement, parfois amicalement. Je pourrais compter sur les doigts d’une main les quelques fois où j’ai rencontré un peu d’acrimonie, lorsque j’ai annoncé que j’étais journaliste. Mais jamais je n’avais senti une telle haine aussi froide, absolue, barricadée…

Là, je la sens. Toute proche.

Je fais celui qui ne la sent pas et elle ne me fera d’ailleurs pas varier d’un pouce. Ferait beau voir… Mais je la sens par là, sur ma droite.
Les gens sont méchants quand les temps sont durs, et vice-versa…