La vraie vie est sous les grands arbres

L’organisation de la rédaction angevine du Courrier de l’Ouest est faite en sorte que je suis amené à travailler un week-end par mois.

J’adore ce moment, car c’est l’occasion de retrouver ma vocation première de journaliste localier.

Il m’arrive alors de me rendre à des inaugurations, d’arpenter les fêtes de village, de couvrir le déplacement d’un élu… Tout ce que je faisais avant de tenir cette chronique judiciaire et que je ne fais plus, puisque je passe désormais le plus clair de mon temps dans les palais de justice.

Je ne regrette rien. Mais je dois avouer que cette coupure m’est essentielle. Elle est comme un rappel de ce que la « vraie vie » n’est pas toute contenue dans les prétoires. Au tribunal, je ne vois que conflits, drames, larmes et grande misère. L’engagement que requiert mon métier pourrait m’amener à penser que toute la société est faite de délinquants et de victimes.

Je me souviens qu’une fois, un policier m’avait dit qu’il entraînait des jeunes dans un club sportif à ses moments de loisirs.

Je crois qu’il adorait s’occuper ainsi, mais il m’avait ajouté qu’il s’imposait cette activité à la manière d’un devoir, comme un contre-poison à son travail.

C’était sa manière de ne pas perdre de vue que la vie est aussi sourire, amitié, gratuité et paix, que l’immense majorité des citoyens ne veut aucun mal à son prochain, et que devenir atrabilaire ou tomber dans l’amertume définitive à l’endroit du genre humain est le plus grand risque que courent tous ceux qui font ce genre de métiers.

J’ai toujours pensé qu’il m’avait donné là une leçon de vie que je devais retenir et adopter.

Tout ça pour dire que j’ai travaillé ce week-end.

Un premier week-end d’août, en Anjou, il ne se passe jamais rien…

C’est quand mon rédacteur en chef qu’il était « à poil » pour les premiers jours de la semaine, ce qui est son expression pour dire son angoisse de la feuille blanche, que j’ai pensé… aux naturistes angevins de l’association Natanjou.

J’avais déjà fait, en août 2011, un reportage sur le petit camping qu’ils gèrent à Cornillé-les-caves, à une vingtaine de kilomètres d’Angers.

J’y suis retourné ce dimanche. Ils m’ont très sympathiquement accueilli.

S’y trouvaient là une dizaine de familles. Le plus jeune de ces naturistes avait 3 mois et moins jeune avait… 82 ans.

Il y avait des hommes, des femmes, des gros, des maigres, des enfants et des vieillards… Les enfants jouaient dans la piscine, les parents jouaient aux boules ou somnolaient dans l’herbe. Tous tout nus.

Parce que ça ne me dérange guère et aussi par respect, je me suis mis comme eux.

Il faisait immensément bon sous les grands arbres. Je me suis dit que la conviction du policier était juste et essentielle.

À cet instant précis, j’ai adoré mon métier.

Et j’ai pensé que le bonheur ne tient à rien. Mais alors rien du tout…

Le site de l’association Natanjou